Ce qui différencie la Vallée de Roncal des autres vallées ou endroits est son histoire riche et le zèle que ses habitants ont eu pour la sauvegarder et la transmettre.

L’incendie de septembre 1427 réduisit en cendres le village d’Isaba et, par conséquent, les archives de la vallée qui se trouvaient à l’intérieur de l’église de ce village frontalier. Tous ces documents auraient pu nous aider aujourd’hui à mieux comprendre l’histoire de cette vallée. Cependant, malgré ces lacunes documentaires générées par cet incendie, il existe toujours dans la vallée quelques signes et cérémonies (c’est le cas du blason, du droit de bardenaje ou du Tribut des Trois Vaches) qui, d’une façon ou une autre, nous rappellent que la transmission orale, bien qu’il n’y ait pas de papiers qui le prouvent, reconstitue fidèlement l’histoire légendaire de cette vallée.

Malgré tout, nous allons résumer de façon chronologique, fidèle et objective, les caractéristiques les plus importantes de la personnalité historique de la Vallée de Roncal.

1345. Contrat de l’Union

Le 15 juin 1345 fut signé à Urzainqui le dénommé Contrat de l’Union et du Régime des Panifiés. Il s’agit du premier document qui nous révèle l’existence d’une communauté de communes ou « unibersidad ». Le texte de ce contrat nous révèle que les représentants de tous les villages de la vallée de Roncal se réunissaient déjà tous les ans afin de traiter ensemble les problèmes qui touchaient la vallée. Ceci veut dire qu’il existait déjà une Junta (Assemblée) de la Vallée de Roncal, mais beaucoup plus rudimentaire que celle que nous connaissons aujourd’hui.

C’est la raison pour laquelle une cinquantaine de représentants de tous les villages se réunirent à Urzainqui le troisième jour de la Trinité de l’année 1345, c’est-à-dire, le 15 juin. Le résultat de cette assemblée fut le premier document d’arbitrage, quelque chose comme les premières lois de la vallée, ou les premiers accords écrits de vie commune. Il fallait trouver un accord qui permette d’unifier des activités fondamentales comme l’élevage (activité principale de tous les voisins) et l’agriculture (activité qui répond aux besoins d’alimentation). Le document affirme « que los unos dezian que sin panificados he bedado no fuessen los terminos que labor se fazian que aquellas labores e panes con que se abian a mantener en la vida presente, que los ganados les destruyan sus panes, tanto que los de quiheran como a la yglesia de sus diezmos e primicias ».

Une copie réalisée à la demande du village d’Isaba en 1582 est conservée dans les Archives de la Junta de la Vallée. En lisant cette copie, on en déduit que le document original était conservé dans les Archives de la Vallée, situé dans ce même village. Ce fait, bien qu’il n’y ait pas de lien, renforce d’une certaine manière l’hypothèse soutenue par l’historien Florencio Idoate qui affirme que le Contrat de l’Union fut rédigé en 1435, et non en 1345. Il y aurait eu peut être une inversion des chiffres dans l’une des copies. Il ne faut pas oublier que la totalité des documents existants dans ces archives ont brulé en 1427.

1607. Demande de Siège à l’Assemblée (Cortes)

Les documents nous révèlent que la Vallée de Roncal demandait depuis longtemps un siège à l’Assemblée de Navarre (Cortes). Les représentants de la Vallée estimaient que leur trajectoire historique et les droits acquis étaient une bonne garantie pour obtenir un siège à l’Assemblée (Cortes).

En 1607, la Vallée de Roncal demanda à nouveau cette « grâce » aux supérieurs, mais elle fut refusée avec des arguments assez méprisants : les villages de la Vallée de Roncal « sont peu importants et de faible qualité », qui n’avaient pas plus de cent habitants chacun et qui étaient pauvres.

Une autre raison de poids prononcée par le procureur afin de justifier son refus était que les habitants de la Vallée de Roncal parlaient basque. En plus, il déclarait « qu’il n’y a personne de bonne condition sociale et avec des bonnes habitudes qui pourrait siéger à l’Assemblée car tous les habitants de ces villages, sans exception, sont habillés avec le costume typique de la vallée, sans cape et avec des abarcas (sandales). Si des personnes avec ce costume siégeaient à l’Assemblée, ce serait une habitude très indécente ».
Cependant, comme l’indique et défend Florencio Idoate dans son œuvre La Comunidad del Valle de Roncal, les principales raisons étaient « qu’il ne fallait pas ouvrir une ouverture ni créer des précédents qui pourraient pousser d’autres vallées à faire la même chose, comme les frontalières, car tout le monde pense avoir les mêmes droits que le voisin » et « qu’il y avait trop de personnes avec ce droit dans le Royaume, au détriment de l’Assemblée, ce qui prolongeait dans le temps la résolution de conflits et les choses devenaient ainsi plus compliquées ».

En 1785, la demande de siège à l’Assemblée fut à nouveau refusée en invoquant les mêmes arguments.